J'ai conscience que cet article est très long, mais c'est le résultat de mes réflexions. J'ai tout de même décidé de le poster, puisque, de toute manière, je n'ai rien à perdre. Il intéressera les rares fous de lecture, et les autres, je vous donne rendez-vous pour le making of à l'article suivant.
Brume a été tourné entre 2008 et 2009. C'est mon premier moyen-métrage. C'est aussi l'année durant laquelle j'ai passé mon bac. Pris entre les études et le théâtre, il m'a donc fallu un an pour le tourner.
Sincèrement, Brume est le premier film dans lequel je travaille autant les détails, bien qu'il soit loin d'être parfait. La perfection n'existe pas. J'aurais tellement de choses à dire sur chaque partie... C'est la raison pour laquelle je fais ce commentaire... Mais je ne vais pas tout dire. Ce serait beaucoup trop long. Et puis je ne veux pas révéler une intrigue précise. Je veux donner des éléments qui aident à réfléchir, qui aident à fonder son interprétation.
Ce que j'aime avec ce film, c'est que l'on peut se faire différentes interprétations. Et si vous avez trouvé les votre, vous verrez quelles sont les miennes.
Mais je vous préviens, ce texte est un peu philosophique, il peut même faire mal à la tête. Alors si vous voulez trouver des réponses éventuelles à vos questions, il va falloir faire marcher votre matière grise. Quoi qu'il en soit, si vous arrivez à lire ce texte jusqu'au bout, je vous félicite !
Première partie :
La première partie est pour moi LA partie qui fait opposition avec tout le film. La première scène commence avec des rires, de la joie, une bonne ambiance. J'ai voulu faire des images très colorées, lumineuses, et un rythme rapide, pour que l'on ressente un bien être. Mais dans cette atmosphère de fête et d'alcool, il y a une seule perturbation : Thomas. Je voulais intriguer le spectateur, pour qu'il se demande : est-il gentil ? Est-il méchant ? Que va-t-il faire ? Va-t-il tuer tout le monde pour se venger des moqueries ? Pour ma part, je vois Thomas à travers deux angles. Le premier, c'est le Thomas physique, qui baigne dans cet univers coloré, étranger à lui, qui se balance. Le deuxième, c'est le Thomas moral, qui baigne dans son univers, peut-être irréel. Mon objectif était de faire basculer la caméra, du premier univers, vers le deuxième. Le plan durant lequel nous sommes dans les yeux de Thomas, est le plan de transition. Nous voyons les autres personnages dans les couleurs de l'univers physique, mais aussi dans la lenteur et le trouble de l'univers moral. Quant aux gros plans sur Thomas en train de se balancer, l'idée était d'intérioriser la caméra dans le personnage. Et lorsqu'il retire ses mains de son visage, nous découvrons le Thomas moral.
Deuxième partie :
La deuxième partie est un véritable contraste. Nous sommes à présent dans un univers fade, sombre... Et le rythme est le plus remarquable. J'ai voulu insister sur un rythme lent, très lent, qui provoque presque l'ennui, mais qui entraîne le spectateur à se questionner. Thomas effectue des actions simples, voire banales, mais qui ont un sens. Le plus intéressant, c'est que Thomas n'est pas chez lui. Il ne connaît même pas la personne chez qui il est. Et pourtant, il se sert dans le frigo, boit un jus... Comme s'il était chez lui. Peut-être que, dans son monde, il est toujours chez lui. On peut même se demander : pendant que Thomas se sert un jus dans l'univers moral, n'est-il pas simplement assis à sa place dans l'univers physique ? Ou peut-être fait-il les mêmes gestes dans le monde physique, mais n'a-t-il plus conscience des gens qui l'entourent ? Quant à la télévision qui ne s'allume pas, c'est le moyen de montrer que Thomas est totalement coupé du monde. Cependant, il y a une seule perturbation : la fleur. Une touche de couleur, une connotation joyeuse. Cette fleur perturbe l'ambiance lugubre, de même que Thomas perturbait l'ambiance colorée de la première partie. Hélène, le personnage qui apparaît brutalement est un premier mystère du film. Ma vision, c'est qu'elle s'est étouffée avec des chewing-gums. Dans la plupart des films du genre, on assiste a une mort spectaculaire, avec du sang et des couteaux... Pourquoi pas une mort stupide ?
Troisième partie :
La scène de la salle de bain nous montre vraiment le côté surréaliste de cet univers. Le robinet qui goutte à l'envers, l'eau qui cesse de couler alors que le reflet coule toujours. Nous voyons un aspect fantomatique de la fille qui apparaît. Son hystérie et son malheur amplifient le mal-être. Je voulais intriguer le spectateur par les préventions du "fantôme". Face à ce personnage, thomas semble inquiété, mais la peur n'est pas si intense. Il semble habitué à subir ce genre d'apparitions. Finalement, il baille, et va se coucher dans un lit qu'il ne connaît pas, qui n'est pas chez soi.
Quatrième partie :
C'est ici que le véritable surnaturel, la véritable angoisse arrivent. Des voix sortent de nul part, des objets semblent s'animer, et ce personnage, qui surgit... Avec son couteau. Ce passage se coupe par un noir et un bruit aigu qui me rappelle la mort... A l'hôpital. Mais tout est redevenu normal. Thomas a-t-il rêvé ? Est-il fou ? Etait-ce réel ? La scène de poursuite redevient dynamique, contrairement à la scène du café, qui retombe dans un rythme lent.
Cinquième partie :
La scène de la brume est celle qui donne son nom au film. Je voulais montrer que, ce cauchemar qui règne à l'intérieur de la maison, règne aussi à l'extérieur. Il n'y a donc pas d'échappatoire possible. Bien que nous soyons en extérieur, nous sommes toujours dans l'univers de l'autiste. Les premiers indices qui permettent de comprendre l'histoire, apparaissent dans cette partie. Thomas rencontre un personnage atteint par la folie. Ce dernier prétend revivre chaque jour la même chose, la même journée à l'infini. Et c'est ce qui le rend fou. Il n'est pas en chair : il le dit lui-même. Il est une âme, une trace de ce qu'il était avant de mourir. Nous pouvons penser que ce personnage est fictif, puisqu'il ne représente rien de concret. Mais nous pouvons avoir d'autres interprétations. Et si Thomas était en réalité, dans l'Enfer, qui accueille les âmes des morts ?
Sixième partie :
Je pense que, pour comprendre cette partie, il faut l'étudier à l'envers. Après la scène du pendu, Thomas retourne voir Hélène. C'est le seul personnage qui ne l'ai pas effrayé. Avec plus de précision, elle confirme les propos du "fantôme de la voiture". Elle revit tous les jours, le jour de sa mort, à l'infini. Elle fait les mêmes gestes, dit les mêmes mots contre sa volonté. Elle est donc prise dans un "cercle" infernal. Mais lorsqu'elle s'adresse à Thomas, elle rompt le "cercle". Elle fait quelque chose qui n'est pas habituel, quelque chose qu'elle n'a pas l'habitude de répéter. A cette heure-ci, normalement, elle doit dormir. C'est pourquoi son corps la pousse à s'endormir. Elle doit retourner dans le "cercle", reprendre les "activités répétitives". Malgré sa lutte, elle cède, et s'endort alors qu'elle est en train de parler. Ainsi, le pendu que l'on a vu au début de la partie, est lui aussi pris dans ce cercle infernal. Il revit tous les jours le jour de sa mort, en refaisant les mêmes gestes. Nous pouvons imaginer que ce personnage pendu, se dépend, car il est arrivé au bout de sa journée. Il va se mettre à sa place initiale, pour recommencer la même journée. C'est donc la transition entre la fin et le début de la journée, qui se répète éternellement. Dans la scène, j'ai ajouté des battements de c½ur, pour rendre la situation plus angoissante, mais aussi pour donner l'impression que le personnage reprend vie.
Septième partie :
La première scène de cette partie est très lumineuse, en contraste avec les autres. On ne sait pas quelle est cette pièce blanche et froide. Si j'y ai mis autant de lumière, c'est pour intriguer le spectateur, à nouveau. On peut imaginer une "sortie de secours" vers le paradis. Mais ce que l'on constate finalement, c'est que cette pièce est maléfique. La porte se ferme toute seule, puis disparaît. La pancarte est un nouvel indice : les mots qui y figurent sont en latin. A vous de chercher ce qu'ils veulent dire. Cette pancarte est vraiment grossière : la personne qui l'a scotché ici devait être atteinte par la folie... Finalement, le psychopathe qui était pendu, réapparaît. Il nous dit que, en plus de mourir, il tue des gens chaque jour. Et la mort des autres est plus dure à accepter que la mort de soi-même. On peut imaginer que les personnages, qu'il tue chaque jour, sont les autres fantômes que Thomas a rencontré. Ou peut-être que ses victimes sont des gens inconnus... A vous d'imaginer votre version... En sortant de la pièce, Thomas semble vaincu par ses sentiments. Et même, il semble devenir fou, comme les autres. On retombe alors dans une dimension lugubre.
Huitième partie :
Cette partie est certainement la plus subjective du film. Après son coup de folie, il retourne au salon, et semble vouloir s'intérioriser, réfléchir, quitter cette endroit maléfique. Mais ce psychopathe revient, et le "tue". A coup de couteau. J'aurais pu faire une scène sanglante, pour ceux qui aiment l'horreur, mais je déteste le sang. Après ce coup de couteau, Thomas ne meurt pas. Pourquoi ? Peut-être qu'en réalité, il meurt, sans en avoir conscience, ou peut-être qu'une âme est immortelle... Finalement, Thomas se retrouve nez à nez avec son double... Enfin presque. Il y a le Thomas moral, qui semble normal, et le Thomas physique, qui se balance. Mon idée, c'est que les deux Thomas ne fassent plus qu'un. Ainsi, on pourrait s'imaginer que la caméra bascule vers l'univers physique, mais ce n'est pas le cas. Nous restons dans l'univers moral. Thomas semble lui aussi piégé par le "cercle infernal", car il refait son entrée dans son monde, refait les mêmes gestes. Il se retrouve dans la même situation que les autres personnages du film.
Comment interpréter cette histoire ? En réfléchissant, je me suis fait plusieurs interprétations possibles. Premièrement, on peut imaginer que Thomas est mort, et qu'il a rejoint "l'Enfer". Deuxièmement, nous pouvons imaginer que l'univers secret de l'autiste, c'est la correspondance avec les morts. Il voit peut-être les âmes des gens qui ont habité cette maison. Et lorsque sa s½ur, dans le monde physique, le poussera hors de la maison, il quittera aussi la maison dans le monde moral. Troisièmement, nous pouvons penser que Thomas est un être habité par l'imaginaire. Tout ce qu'il voit n'est que le fruit de son imagination. Je pense que, pour qualifier l'autiste, il ne faut pas parler de folie, mais plutôt d'imagination. L'autiste s'imagine un monde, son propre monde qui, comme dans nos rêves, est parfois illogique. Mais la quatrième et dernière interprétation, c'est peut-être le fait qu'il n'y a pas d'interprétation. Nous sommes dans un univers de désordre, qui dépasse la logique, et donc, comment pouvons-nous comprendre l'illogique ?
Je pense que ce film est une rupture avec mes autres vidéos. J'ai fait tellement de burlesque durant ces dernières années, que ce changement d'atmosphère m'a fait du bien. J'avais envie de découvrir des nouveaux styles, des nouveaux personnages, et cette envie est toujours en moi. A vrai dire, je suis dans une phase où j'aime varier mes créations. Bien sûr, je n'abandonne pas mes petites comédies. Ruth Petroufchki et Raymond m'ont beaucoup manqué pendant un an et je vais refaire d'autres vidéos avec eux. Mais en parallèle, je vais travailler d'autres styles.
Bravo à vous d'avoir tout lu !